18.11.05

séance du 18 novembre 2005

EPISTEMOLOGIE DES AFFECTS
PARTIE II : LA MATIERE DES SENTIMENTS

Séminaire de Pascal Nouvel

Collège international de philosophie & Centre d’Etudes du Vivant.

vendredis 18 novembre, 16 décembre et 13 janvier de 18h30 à 20h30
amphi 56 B (sous la pyramide de la scolarité de Paris 7)
Campus Jussieu, 2 place Jussieu – Paris 5e

Avec le séminaire “ soigner les passions ”, le programme “épistémologie des affects”s'est d'abord penché sur la façon dont les passions avaient été pensées par la philosophie occidentale. La seconde partie du programme s'attachera plus spécialement à la façon dont la science a pensé les affects et aux outils qu’elle a élaborés pour les modifier.

Partant de Darwin et de son livre The expression of Emotions in Man and Animals (1872), oeuvre qui signale la première tentative systématique de réflexion scientifique sur les émotions, nous examinerons les techniques de modifications des affects par des substances matérielles développées au cours du XIXème siècle, dans une perspective tantôt littéraire, tantôt psychologique (1ère séance).

Nous en viendrons ensuite à l'examen de la première substance de synthèse dont les propriétés psychotropes retinrent l'attention des chimistes et des psychologues dans les années 1930 : les amphétamines — substance qui sera le précurseur d'une série de molécules comptant parmi les plus puissants modificateurs chimiques de l'état émotif actuellement connus. Par la suite, de nombreuses réflexions tant scientifiques que philosophiques furent tirés de l'usage de ces produits et de l'examen de leurs effets (deuxième et troisième séance).

Séances suivantes (second semestre) :
Dans les années soixante, un nouveau type d'intérêt se manifeste : certains chimistes entreprennent d'effectuer des modifications sur la molécule d'amphétamine dans le but de produire une sorte de typologie des états de conscience modifiés. Ces travaux déboucheront notamment sur la découverte d'une substance qui, quoique proche dérivé de l'amphétamine, possède des propriétés psychotropiques très différentes : le MDMA (méthylène-dideoxy-méthyl-amphétamine), également connu sous le nom d'ecstasy. Le rapide succès populaire de cette molécule est dû, pour une large part, à ses propriétés de modificateur d'émotions ; ainsi a-t-il été proposé de qualifier la substance d'“ empathogène ” : génératrice d'empathie. Parallèlement, un contrôle politique sévère des amphétamines est introduit par le biais d'une prohibition internationale décidée en 1970. Très vite, des productions clandestines font leur apparition.

Dans les années 1990, une série de travaux relevant du champ des neurosciences et initialement réalisés dans le but de comprendre le mode d’action de certains psychotropes (et notamment des amphétamines) conduiront à un renouvellement spectaculaire des notions par lesquelles on les concevait traditionnellement. La notion d’addiction et la notion de psychose induite par des psychotropes seront au centre de ce renouvellement. En cherchant à comprendre le mode d’action des substances qui modifient les affects, les neurosciences ont ainsi élaboré progressivement un nouveau discours sur ce que la philosophie nommait les passions — discours fragmentaire et tributaire de nombreuses simplifications, mais dont la force réside dans la cohérence de sa méthode d’élaboration.

On cherchera, tout au long de ces séances, à dégager les liens existant entre, d'un côté des substances de synthèse proposées par des chimistes, de l'autre, les enseignements philosophiques qu'on a pu (ou cru pouvoir) tirer de leur utilisation et, enfin, les formes de régulations juridiques et sociales (interdiction le plus souvent) qui ont pu être élaborées pour contrôler leur emploi et la manière dont ces régulations furent justifiées. On s'attachera à commenter certains paradoxes nés de la mise en oeuvre de ces régulations comme les demandes d'utilisation médicale du MDMA (une substance internationalement prohibée) dans le cadre du traitement psychologique de personnes souffrant d'un stress traumatique intense. On cherchera finalement à évaluer la valeur philosophique des discours scientifiques sur les passions et, inversement, à évaluer la valeur épistémologique des discours philosophiques sur les passions. Chacune des séances sera l'occasion d'accueillir un invité qui viendra présenter des travaux liés au thème de la séance.

Plus d’informations sur www.pascalnouvel.net

5 Comments:

At 2:35 PM, Blogger pascal nouvel said...

test

 
At 11:11 AM, Blogger Sorrindo said...

J'ai bien reçu ton message me disant que tu ne pouvais pas venir à la philo hier. Je t'en donne quand même un aperçu, car ça m'a bien plu...

Ce séminaire se déroule à Jussieu (Université de Paris 7) et est animé par Pascal Nouvel. Il s'intitule : "Epistémologie des affects. Partie II : la matière des sentiments". PN part de l'un des concepts les plus connus de l'Antiquité qui est "le souci de soi". Les Stoïciens (par exemple) enseignaient qu'il est possible de modifier son comportement par l'étude et la pratique philosophique : le discours philosophique avait pour but de façonner l'être, de modifier sa façon de vivre. La philosophie était clairement un outil de transformation de soi. PN pose la question inverse : si la pensée peut modifier l'être, l'inverse est-il possible ? Est-ce que le fait de modifier son être (son âme) peut amener des idées nouvelles ?

En fait, le séminaire va porter sur l'histoire et l'action des psychotropes sur le comportement humain. Il s'agit de comprendre comment et dans quelle mesure ce qui modifie notre comportement (amphétamine, drogue, alcool,...) peut, philosophiquement parlant, nous apporter quelque chose (et quoi ?). C'est une démarche intéressante dans le sens où elle n'a pas intéressé beaucoup les philosophes jusqu'à présent. Ces questions (dopage, drogues) restaient le domaine réservé de la médecine et de la juridiction. Mais il est intéressant de se poser la question également d'un point de vue ontologique.

Dans cette première session (il y en aura 9 en tout), PN a parlé de l'utilisation du haschich -- "[...] l'imagination d'un homme nerveux, enivré de haschisch, est poussée jusqu'à un degré prodigieux, aussi peu déterminable que la force extrême possible du vent dans un ouragan, et ses sens subtilisés à un point presque aussi difficile à définir." (Baudelaire, les Paradis artificiels) --, de l'opium et de la cocaïne au XIXe siècle.

PN a notamment évoqué le cas d'Angelo Mariani, pharmacien corse et créateur du vin Mariani (1863). Ce vin (du bordeaux) aux extraits de coca, dont la publicité vantait les qualités stimulantes, aphrodisiaques et antidépressives eut un grand succès. (Drogue légale, on dit que chaque verre contenait l'équivalent d'une ligne de cocaïne pure !) À tel point que Mariani devint célèbre dans toute l'Europe et reçut même une médaille spéciale du pape ! Aux États-Unis, John Pemberton s'inspira du vin Mariani pour proposer une boisson qui deviendra le coca-cola (le vin fut remplacé par un mélange noix de cola + soda)...

Quelques images relatives au vin Mariani :
http://cocaine.org/tonicwine.jpg
http://www.jules-massenet.com/pic27.jpg
http://www.payer.de/bolivien2/boliv02k33.gif

 
At 7:59 PM, Anonymous Claire Lefort said...

Bonjour,

J'ai assisté l'autre jour à la première séance de votre séminaire que j'ai trouvé vraiment très intéressant. J'ai pensé à vous transféré cette nouvelle, qui est quand même assez ancienne mais qui correspond à certaines chose qui ont été dites lors des questions. Elle est extraite de la mutaliste, une liste de diffusion qui est tenue par le site www.lesmutants.net ; un assez excellent site d'ailleurs et qui n'est pas tellement éloigné de vos problématiques, je ne sais pas si vous le connaissiez.

Cordialement,
Claire Lefort

***

Le bonheur bouddhiste au scanner

Selon le Pr Owen Flanagan, qui s'appuie sur une étude d'imagerie mentale de Richard Davidson (Université du Wisconsin), le cerveau des bouddhistes pratiquants montre une activation du lobe préfrontal gauche nettement supérieure à la moyenne. Cette région est connue pour contrôler l'agressivité et provoquer des sensations "positives". Soit les bouddhistes sont nés avec un "gène du zen" qui prédispose leur cerveau à cette attitude. Soit, hypothèse bien plus probable, la plasticité cérébrale est mise à profit par
l'enseignement bouddhiste pour suractiver dès l'enfance certaines
zones du cerveau.

***

Can Buddhists transcend mental reservations?

By Steve Connor Science Editor


Buddhists who meditate may be able to train their brains to feel genuine
happiness and control aggressive instincts, research has shown.

According to Owen Flanagan, professor of philosophy at Duke University
in North Carolina, Buddhists appear to be able to stimulate the left
prefrontal lobe - an area just behind the forehead - which may be why
they can generate positive emotions and a feeling of well being.

Writing in today's New Scientist, Professor Flanagan cites early
findings of a study by Richard Davidson, of the University of Wisconsin,
who used scanners to analyse the active regions of a Buddhist's brain.

Professor Flanagan said the findings are "tantalising" because the left
prefrontal lobes of Buddhist practitioners appear to "light up"
consistently, rather than just during acts of meditation.

"This is significant, because persistent activity in the left prefrontal
lobes indicates positive emotions and good mood," he writes. "The first
Buddhist practitioner studied by Davidson showed more left prefrontal
lobe activity than anyone he had ever studied before.

"Buddhists are not born happy. It is not reasonable to suppose that
Tibetan Buddhists are born with a 'happiness gene'. The most reasonable
hypothesis is there is something about conscientious Buddhist practice
that results in the kind of happiness we all seek," he writes.

Another study of Buddhists by scientists at the University of California
has also found that meditation might tame the amygdala, the part of the
brain involved with fear and anger.

Professor Flanagan writes: "Antidepressants are currently the favoured
method for alleviating negative emotions, but no antidepressant makes a
person happy. On the other hand, Buddhist meditation and mindfulness,
which were developed 2,500 years before Prozac, can lead to profound
happiness."20

A9 2001 Independent Digital (UK) Ltd20

 
At 9:39 PM, Anonymous Claire said...

La suite...

"Si une opération du cerveau permettait de produire les mêmes effets que plusieurs heures de méditation quotidienne, je me ferais opérer." Tenzin Gyatso, dalaï-lama pour les intimes

Le dalaï-lama proclame sa foi dans la science
LE MONDE | 14.11.05 | 14h41 • Mis à jour le 14.11.05 | 14h53
Alain Salles, Article paru dans l'édition du 15.11.05

Le dalaï-lama a connu le stress. Le sage bouddhiste l'a avoué à une dizaine de milliers de spécialistes du système nerveux et du cerveau venus du monde entier, samedi 12 novembre, à Washington, pour un congrès sur les neurosciences. Il a l'habitude de s'exprimer en public et de rencontrer les grands de ce monde, mais il avait le trac au moment de prendre la parole, à l'ouverture du congrès. Il était moins impressionné, le 9 novembre, quand il a été reçu par George Bush, au grand dam de Pékin, quelques jours avant le voyage du président américain en Chine.

La conférence du dalaï-lama a été précédée par quatre mois de polémiques. Plus de six cents personnes ont signé une pétition demandant son annulation, au motif qu'il ne faut pas mélanger science et religion, tandis qu'à peu près autant de signataires ont approuvé une contre-pétition favorable à la venue du dignitaire tibétain en exil.

La polémique a été renforcée par la tension extrême qui existe, aux Etats-Unis, entre les scientifiques et les groupes religieux favorables au créationnisme ou au "dessein intelligent", doctrines qui contredisent la théorie de l'évolution de Darwin. "Qui est le prochain, le pape ?" a demandé Philip Bickler, de l'Université de Californie, en signant la pétition contre le choix de cet invité. Pour Anna Marie Kenney, de l'institut Sloan-Kettering de New York, les spécialistes des neurosciences ne peuvent pas "prendre la tête du débat sur le dessein intelligent" s'ils "encouragent des leaders religieux" lors de leurs rencontres. Cependant, la portée de cette pétition a été affaiblie par la forte présence, parmi les signataires, de scientifiques d'origine chinoise dénonçant la transformation du congrès en "meeting politique".

Six participants, seulement, ont annulé leurs présentations, a expliqué Carol Barnes, présidente de la Société pour les neurosciences. Les scientifiques ont fait la queue plusieurs heures pour avoir une chance d'assister à la conférence et d'applaudir longuement Tenzin Gyatso, considéré par les Tibétains comme la quatorzième réincarnation du Bouddha de la compassion. Celui-ci a rapidement oublié son trac pour évoquer, dans un mélange de tibétain et de "broken English", ponctué d'éclats de rire et de raclements de gorge, les rapports entre la science et le bouddhisme. Il a réaffirmé ce qu'il écrivait dans une tribune du New York Times du 12 novembre : "Si la science prouve que certaines croyances du bouddhisme sont fausses, alors le bouddhisme les changera."

Le dalaï-lama a souvent expliqué que, s'il n'avait pas été moine, il serait devenu ingénieur. Il est passionné de mécanique, "sauf celle des ordinateurs". "Mon cerveau n'est pas adapté pour travailler avec des ordinateurs. C'est sans espoir", a-t-il reconnu dans un éclat de rire communicatif. Il était ami avec le philosophe des sciences Karl Popper et avec le physicien allemand Carl von Weizsäcker. Fin septembre, il participait à un débat au célèbre Massachusetts Institute of Technology. Son dernier essai publié, L'Univers dans un seul atome : la convergence de la science et de la spiritualité, a pourtant été critiqué par le New York Times, qui l'a qualifié de "version orientale du "dessein intelligent"".

Cela n'a pas fait perdre au dalaï-lama sa "foi dans la science". Les moines sont eux-mêmes des sujets d'expérience. Plusieurs d'entre eux, à commencer par le Français Matthieu Ricard, se laissent planter des électrodes dans le crâne et passent de nombreux examens IRM pour que les scientifiques puissent observer leur cerveau pendant les séances de méditation. Il a même répondu, sous forme de boutade : "Si une opération du cerveau permettait de produire les mêmes effets que plusieurs heures de méditation quotidienne, je me ferais opérer." La méditation fait l'objet de plusieurs présentations, qui semblent montrer qu'elle transforme la structure du cerveau. Les opposants à la venue du dalaï-lama contestent ces expériences.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3216,36-710029@51-710147,0.html

 
At 3:25 PM, Anonymous Smoke said...

Drugs are just bad, you should try to use Herbal Alternatives as a temporary replacement to loose the dependance!

 

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